La politique au Maroc

 

Les islamistes à l’épreuve

 

 

L’arrivée des islamistes au « Pouvoir » et non pas au pouvoir faire, est le fruit de lutte de plusieurs mouvements qui n’avaient pas le droit de fonder un parti politique malgré la popularité de certains d’entre eux et leurs expansions depuis des décennies, c.à.d. depuis l’indépendance ; la période où la Raison politisée connut des dissidences, à compter la Raison conservatrice qui se penche au passé lointain – quatorze siècles passés- puis la Raison modernisée qui coupe tout lien avec le passé et se rattache aux influences  politico-sociales et culturelles occidentales, et aussi la Raison qui ne veut pas offenser les sentiments des peuples et réconcilie entre la philosophie des lumières et ce qui s’ensuit, et le bien héréditaire

Toutefois, ces ascensions au Pouvoir ne sont pas effectuées de manière souple, ou par une  dispute démocratique, dans la plus part des payés arabes, qui gémissaient sous la dictature depuis des siècles, elles étaient le résultat d’accumulation d’échecs, de mauvaise gestion, d’inadaptabilité avec les nouvelles idées provenant de l’occident, de l’absence de volonté perspicaces… autrement dit, c’est l’absence de la Raison ouverte face de la Raison absolutiste, idéologique dogmatique, laquelle assure sa pérennité non seulement au sein des régimes gouverneures mais aussi -avec des degrés variables- aussi bien chez les islamistes que chez les parties de gauche et ceux de droite , elle n’actualise pas la dialectique d’assemblage, de succession et d’affinité, au contraire c’est la loi d’exclusion d’antinomie qui s’imposent dans les regroupements arabes…

Certes, la corrosion interne de ces regroupements débuta depuis très longtemps, trente ans après l’instauration d’un nouveau régime puissant à l’Hijjaz qui rayonna toutes les nations qui le côtoyaient, mais à l’intérieur, le sentiment tribal de transcendance de la race arabe se développa avec les Oumayyades face aux autres races. Les Oumayyades prétendirent que l’Islam est une religion pour les arabes et se furent eux qui s’engagèrent et le répandre par les conquêtes, quant à l’essence de l’Islam fut répandue par des apôtres sincères qui succédèrent les Mouhagirines et Ansars…aussi un islam séparatiste naquit-il à l’opposé de l’Islam libérateur, un islam parasite qui interprète le Texte selon ses intérêts et repose sur la force pour s’instaurer, et affaiblit le lien de parenté spirituel entre les musulmans…

De nos jours, ce lien de parenté spirituel ne joue pas  le rôle d’unificateur tant attendu de lui, et il est soupçonné d’antimoderniste, d’absolutiste, d’arabiste…

 

Cependant, les islamistes au « Pouvoir » sont-ils en mesure de réviser l’histoire et purifier la mentalité arabo-musulmane de ce qu’a collé l’islam Omayyade sur leur dos, en faisant appel à la modernisation au pluralisme et à l’humanisme telle est l’essence de l’Islam. ?

« La fin de l’apôtre » d’après Bellakziz dénonce toute idéologie dogmatique.

 

La colonisation constitue dans les pays arabo-musulmans une démarcation entre deux visions de pratiques politiques :

Auparavant  et même actuellement l’homme au Pouvoir est vu comme berger de sujets inoffensifs, entouré par ces officiers, ses vizirs, ses gouverneurs, ses commensaux règne par ceux-ci sur son royaume. Il n’est contredit que par quelqu’un qui aspire le soulever de son pouvoir. Les sujets paient cher lorsque leur berger est remplacé par un autre : c’est l’épée qui tranche  les têtes de tous ceux soupçonnés d’être partisans de l’ancien maître, aujourd’hui c’est les obus qui parlent…l’intelligence collective n’admet plus de tel système.

Subitement les arabo-musulmans veulent instaurer un nouveau régime, un régime à l’instar des pays démocratiques, sans faire couler des bains de sang…

Or cela n’est réalisable que lorsqu’on fracasse les mythes, les icônes, les dieux inculqués dans nos mentalités et qu’on les remplace par la loi de nombre, d’intérêts communs, des valeurs communes…cela pèse –nous venons de le signaler- sur le dos des  partis islamistes puisque les populations les ont élus, et bien sûr avec la collaboration des partis classiques.

Effectivement, notamment au Maroc, les partis ensembles doivent dépasser l’époque des hésitations :

On dit que les partis classiques -durant 55 ans- n’ont pas pu déborder vers la démocratie, les amazighs vers le nationalisme et les islamistes vers l’humanisme.

Trois grands projets à réaliser, la démocratie en tête parce que sans elle rien n’est abordable… la démocratie assure la liberté de choix politique, liberté d’expression qui soulage les complexes psychologiques latents, lesquels se manifestent sous forme de divergences ethniques et raciales, et la démocratie d’assurer encore l’équilibre des forces sociopolitiques dans le parti, première cellule où s’intègrent l’élite et la masse, l’arabe et l’amazigh, le musulman et les autres croyances …

Cela dit, les islamistes doivent être, advienne que pourra, les premiers à instaurer la démocratie …

 

 

 

4 pensées sur “La politique au Maroc

  • février 26, 2012 à 9:52
    Permalink

    ce qui m’interesse dans cet article c’est qu’il est d’adord une succession de sous articles où l’écrivain essaie de valoriser la logique et le pragmatisme à toute appartenance idéologique il raconnait les bienfaits et les torts de la religion sans toutefois attaquer aveuglement la religion et reconnait aussi la bonne volonté des defendeurs des activistes de toutes colorations (gauchistes, liberaux…)
    ça m’encourage à développer ma vision dans ce sens sans me laisser embrigader par quel qu’il soit les principes en quoi j’ai foi

    Répondre
  • février 26, 2012 à 10:04
    Permalink

    article audacieux
    structuré en sous articles
    analyse pragmatique sur les rapports souvent mitigés entre hommes de religion et hommes de pensées et politiciens

    Répondre
  • février 28, 2012 à 7:13
    Permalink

    slt Momo,j’ai lu ton article diagonalement car trop prise par la conceptin des examens.je ne savais pas que tu étais philosophe et j’ai encore une raison supplémentaire de ne pas signer le pacte de fraternité.je transférerai l adresse de ton blog à philippe et te promets de lire sérieusement ton article car ce n’est pas le genre d’articles qu’on lit comme on lit un roman : il necessite d etre concentrée.
    bonne chance

    Répondre
  • mars 9, 2012 à 12:26
    Permalink

    Réflexion très intéressante sur l’évolution des sociétés et la problématique entre l’islam et la gouvernance des hommes.
    Les changements que connait le monde arabe ont leur source dans les décolonisations de la fin des années 50 & 60. Les occidentaux ont fait des hold up dans la plupart des pays ou l’or noir et les richesses géologiques sont devenus les nouveaux moyens de la croissance économique et le pillage a perduré malgré les indépendances et le nationalisme panarabe de Nasser. Les voleurs ont installé, armé et conseillé les dictateurs qui les ont remplacés en protégeant leur business et en oubliant totalement que ces pays étaient depuis longtemps des terres d’Islam.
    Ce que l’on a appelé les fondamentalistes n’étaient que la partie immergée de l’iceberg, car le mouvement de fond était celui de la revendication fondamentale sur la légitimité du pouvoir.
    L’Iran fut le premier pays à se débarrasser de son dictateur, à imposer ses ayatollahs et refermer la nouvelle liberté sur des règles très strictes empruntées à une version réduite, sommaire du Coran. Les autres pays se contentèrent de leurs dictateurs avec la bénédiction des grands pays riches et ex-voleurs.
    79, la chute du Shah, puis les années 80 avec les chocs pétroliers, les premiers attentats au Liban (les armées américaines, françaises, ..) et le financement du « terrorisme international » préludent à l’émancipation d’une réflexion politique des élites musulmanes. La symbolique de septembre 2001, attentat touchant le cœur du leader de l’ordre marchand (expression historique des stratégies de domination du business sur la terre), a marqué l’ensemble des esprits de la planète. Peu ont compris les enjeux qui allaient mener 10 ans plus tard au « printemps arabe ».
    Aujourd’hui on attend beaucoup de ces gouvernements légitimes, sortis des urnes, composés de partis religieux, prônant ouvertement leur rattachement aux principes de la charia et de l’Islam. Nul doute que ces nouveaux gestionnaires de l’Etat sont animés de bonnes intentions. Mais le problème réside dans leur vision du pouvoir : celui-ci reste déterminé par le respect du Dogme, expression ancienne du gouvernement des califes, consacré comme la meilleure gouvernance après la période prophétique.
    Or depuis les années 30, un certain nombre d’intellectuels musulmans ont posé la question des fondements du pouvoir et de l’Islam : Al Afghani, Rida, Taha, Talbi, Abderraziq, Ansari, Jabri, … C’est Abderraziq, aâlim sorti de Al-Azhar du Caire, qui le premier remet en question le califat.
    Le califat qui représente pour les musulmans du monde entier la référence absolue en matière de gouvernance politique associant les valeurs fondamentales du Coran, n’est « ni une institution fondée sur les articles de la foi religieuse, ni un système que justifie la raison ». Et il en vient à poser cette nécessaire question : le Prophète a-t-il été ou non un roi ? Ici, il prend à contre pied les tenants d’un islam politique, en démontrant tout simplement, au travers des sourates du Coran, que le Prophète n’a été qu’un messager de Dieu, homme de simple condition sociale, dépourvu d’ambition politique (autre que rassembler les musulmans au sein de la umma) et encore moins de celle de devenir un roi, c’est-à-dire de gouverner. « L’islam est un message de Dieu et non un système de gouvernement, une religion et non un Etat ».
    Il finit son ouvrage en ouvrant la porte sur la nécessaire modernisation de l’Etat :
    – « rien n’empêche les musulmans d’édifier leur Etat et leur système de gouvernement sur la base des dernières créations de la raison humaine et sur la base des systèmes dont la solidité a été prouvée, ceux que l’expérience des nations a désigné comme étant parmi les meilleurs ».
    Ce Printemps arabe qui a agité tant de pays et continue d’ailleurs d’en secouer un certain nombre encore, pose les vieilles problématiques de 1925 : la séparation de l’Etat et de la religion, l’inexistence d’un Etat moderne légitime, la confusion entre ce qui relève de la foi et ce qui relève de la conscience politique, l’immense difficulté à l’exercice de la démocratie !
    Ce qui fait un pays, sa force et son avenir, ce n’est ni la politique, ni la religion : c’est plutôt la génération qui va nous remplacer et qui va poursuivre notre effort. Quelle éducation vais-je donner à ceux la ? Quels outils intellectuels ? Suis-je prêt à m’ouvrir aux diversités culturelles et à fraterniser avec les autres ? Quelle sera ma responsabilité ? Devant mes enfants, ma conscience, mon Dieu ?

    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *