Traduction du Coran en latin et l’humanisme européen

 

 

 

 El jabiri dit : « Dans la pensée arabe contemporaine, un courant libéral modernisé se présente comme l’ « opposé », ou, au moins, comme l’ « alternative » du courant « salafiste »,qui repose sur le passé comme « référence sacrée », pendant que ce courant modernisé adopte les succès de la pensée mondiale qui est référencée à la pensée européenne(…)

Au début, la modernité européenne se serait inspirée d’un modèle déjà existant pour inaugurer la Réforme et la Renaissance, mais,  l’européen contemporain renie la succession des civilisations  voisines, pour dire que la Reforme prend son essor en se rattachant  à l’ancêtre gréco-romain  qui valorise l’ « Homme » ?!

Certes, on aurait admis, à contre cœur, l’existence d’un pont civilisationnel arabe intitulé « les arabes » qui relia la Renaissance européenne à l’héritage grecque  en particulier, puis, il fut rapidement dépassé(…)

Or, la vérité historique dit que les précurseurs de la modernité européenne considéraient l’héritage culturel arabo-musulman de la même grandeur et respect, depuis le 12e siècle jusqu’au 18e siècle(…)

En effet, le sujet principal de cet article est de mettre en clair l’influence de livres arabes traduits en latin ou leurs résumés sur la « Réforme ». D’abord, nous allons laisser de côté l’influence philosophique et scientifique pour nous contenter d’insister sur l’influence de la traduction du Coran en latin et en langues régionales européennes.

Les chercheurs européens spécialisés à l’étude du moyen âge disent que l’initiative de traduire le Coran en latin fut l’idée d’un homme d’Église chrétien, pour connaitre l’Islam et le repousser, à cause des conflits amers entre l’État de l’Islam andalous et ses voisins chrétiens sur l’Empire de la papauté romaine.

Et dans le cadre de ce conflit sanguinaire, le patriarche Pierre le Vénérable (1092-1156) entama une visite aux frontières franco-andalous entre 1141 et 1143 et il connut de près l’Islam et les musulmans. Ainsi, il conclut que le conflit devrait être transféré du champ de bataille au champ culturel, pour contredire la croyance de l’Islam après l’avoir bien assimilée, et « bien qu’on dise de l’égarement mohammadien une hérésie ou un polythéisme (est insuffisant), nous devrons écrire pour le déshonorer » et d’ajouter « nous devons lutter contre ce venin meurtrier, qui a affecté la moitié de la terre, par la plume et non pas par l’épée ».

A ce sujet, Régis Blachère affirme dans son livre : INTRODUCTION AU CORAN qu’il avait reçu le soutien de l’évêque Raymond de Tolède en vue de constituer une commission qui traduirait le Coran. Pierre de Tolède figurait parmi ses membres, il maitrisait l’arabe, il était, peut-être, musulman,  puis, il avait embrassé le christianisme. Cette traduction était incomplète et pourtant elle fut largement accueillie.

Cependant, un « humaniste » théologien en Suisse, édita, après l’invention de l’imprimante, cette traduction en 1547, celle-ci fut copiée en allemand en 1616, puis en hollandais en 1641, et en cette même année, le français André de Reyer consul de France en Egypte pendant des années, appris l’arabe et traduisit le Coran en français facile sous le titre d’ALCORAN DE MOHAMET. Ce livre fut reçu par le grand public qui, à cette époque, était attentif au monde islamique.

Pendant cinq ans le Coran fut édité cinq fois à Paris et en Amsterdam ; puis, il fut traduit en anglais en 1688, ainsi qu’en hollandais en 1698.

En effet, au cours d’un siècle, cinq éditions de la 1ére traduction se succédèrent en France, en Angleterre et en Hollande avec ou sans modification, alors que la dernière édition en France, en Amsterdam data du 1770, avant cette date, une autre édition eut lieu à Padoue, la capitale spirituelle d’Italie, d’une nouvelle traduction du Coran réalisée par Marracci en 1698, contenant un livre qui contredit le Coran.

Bien sûr, contredire le Coran était le but de ces multiples traductions, comme nous l’avons précité, amorcées par les hommes d’Église, constituant après, des références pour les orientalistes connus par leurs antipathie solennelle à l’Islam.

Toutefois « la ruse de la Raison » va à l’encontre des projets de l’Église de ce que ces traductions transférèrent le sens profond du Coran en latin, puis en langues locales et fut employé contre le clergé.

Par conséquent, les humanistes- une nouvelle classe d’intellectuels- pensait et agissait en dehors de l’Église et contre ses orientations, corroboraient leurs point de vues par les Idées coraniques. Ils répandaient, ainsi, une culture qui désigna l’Homme comme une fin en lui-même, et relève toute intermédiation entre  l’individu et son Créateur-y compris l’Église- en le libérant de tout engagement rituel sauf par volonté. Ils (les humanistes) étaient émerveillés par l’abolition de l’intermédiation dans le Coran et par le fait que l’Homme est bien statué …..

L’Être élu qui est l’Homme dans le Coran appuyait le mouvement des humanistes qui allait générer la Réforme religieuse en Europe et, ensuite, la Renaissance. Entre autre le Comte de Boulainvilliers, loua l’Islam  en défaveur du catholicisme officiel, puis, parut une autre édition du Coran traduit par G.Sles à Londres qui avait fait écho en plusieurs pays d’Europe. Cette édition était, cette fois-ci, accompagnée par une préface parlant des arabes et leur histoire, centre d’intérêt d’un grand public des « lumières » comme Voltaire.

La tendance humaniste dans la pensée européenne- qui prospérait au 16e siècle- était le reflet direct de l’influence des penseurs européens- en commençant par le 12e siècle- par la culture arabo-musulmane et sa vision à l’Homme en qualité de L’Être élu.

Écoutons l’un des grands humanistes européens, l’italien Giovanni Pico Dillo Mirandolla, dans son livre intitulé DIGNITA HOMOMINIS : « Dans les livres arabes que j’ai lus il n’y a rien dans cet univers qui puisse égaler l’Homme ». Le Cove dit dans son pionnier intitulé LES INTELLECTUELS AU MOYEN ÂGE : « Les humanistes au 12e siècle étaient conscients que ce furent une nouvelle génération culturelle, leurs contemporains les qualifiaient par (les modernes). Pourtant, ils reconnaissaient les bienfaits des anciens, auxquels, ils attribuaient le mérite de priorité ; Un témoin parmi eux annonça :(on ne peut pas échapper de l’obscurantisme à la connaissance sans lire et relire les livres des anciens avec engouement. Que les chiens aboient et que les sangliers beuglent, je ne m’y intéresserai pas. Je me trouverai à l’aube de chaque matin entrain de lire leurs livres.»  Les anciens pour ce témoin furent les arabes et à travers eux les grecques. Un autre témoin aussi, le Maitre Bernard de Charter dit : « Nous sommes  portés sur les épaules des géants. Et si, maintenant, nous voyons plus loin qu’eux et percevons mieux qu’eux( …), c’est tout simplement parce qu’ils nous élèvent très haut en l’air. »

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